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Biographie

La Die Antwoord crew se compose de trois membres : Ninja (maître du « Zef rape-rave »), Yo-Landi Vi$$er (une « riche salope futuriste »), et DJ Hi-Tek (le « beat-monster »). Leur album "$O$" (2009) est écoutable sur leur site (qui annonce la couleur en déclarant : taking over the Interweb). Les énergumènes s’y décrivent comme « une adorable entité bâtarde d’Afrik du Zud, issue de l’amour de plusieurs cultures, noires, blanches, colorées et extraterrestres (…) ».

Ces mecs sont ou totalement naïfs, ou complètement en phase avec les nouvelles techniques de promotion sur les réseaux sociaux. C’est pas des amateurs. Et la production du clip est, elle aussi, clairement professionnelle. Donc, il y a bien un arbre qui cache une forêt. Qui est Die Antwoord, “la réponse” en afrikaans ? Est-ce qu’il sont “réels ? Qu’est qu’ils essaient de dire ou de vendre ? Le rappeur lui même ne sait pas.

- On s’appelle Die Antwoord
- Ça veut dire quoi ?
- Ça veut dire la réponse
- La réponse à quoi ?
- Putain mec, je sais pas

A mesure qu’on creuse, on tombe sur des débuts de réponse. Le look rappeur white-trash sud-africain dégénéré tout juste sorti de taule ressemble à une costume, mais aucune certitude encore. Pas beaucoup d’élements en ligne, à part leur site, extrêmement bien foutu mais avec toujours cette impression qu’ils cachent quelque chose, qu’il y a des ficelles solides derrière la violence visuelle.

Et puis il y a le clip de Enter The Ninja. Haute qualité, du rap à grosses basses et refrain explosif. La même folie dans le flow qui part à 200km/h dans une langue que Ninja, puisque c’est aussi le nom du rappeur, semble inventer à mesure qu’il parle. On dirait de l’écriture automatique mais on sent que chaque virgule est préparée à l’avance. La fille/lutin éclipse tout de sa voix de sirène, un homme souffrant de progéria, grimé comme un gangsta, rappe torse nu et tout le monde a au moins trois rats sur les épaules. Juste un autre dimension.

A un moment, Ninja crache un monologue sur le thème “Vous m’avez toujours dit que je ne serais rien/Que j’étais un nul/Mais regardez-moi maintenant/Partout sur le Web”. C’est le recul du mec qui a conscience que tout ceci est un moyen, et pas une fin. Car non, ils sont loin d’être des nouveaux venus.

De son vrai nom Watkin Tudor Jones, l’homme est un pilier du rap underground sud-africain depuis une bonne quinzaine d’années. De son repaire au Cape Town, il a activement participé à plusieurs groupes et projets dont The Original Evergreen (rap pur et dur), The Constructus Corporation (vaste projet rap-électro, l’album The Ziggurat vaut le détour) ou MaxNormal.tv (du rap et des présentations Powerpoint sur scène). A chaque fois, Tudor Jones est méconnaissable, tantôt rappeur classique tantôt en costume trois-pièces et impeccable, avec 25 noms de scène à son répertoire. Le redneck tatoué n’est que le dernier d’une longue série d’alter égos. Le rap, lui, était une copie carbone américaine, mais a pris des rides électroniques tout en piochant profond dans la culture locale. Pour le résultat qu’on connaît.

La fille, Yo-Landi Visser, était avec lui à chaque étape (c’est sa femme) et peut être à la fois choriste féminine éthérée et rappeuse garçon manqué au flow vicieux (ici dans une émission musicale filmée dans un taxi, une violence verbale transcendantale). Le DJ souffrant de progéria est, en revanche, vraiment un DJ souffrant de progéria. Il s’appelle Leon Botha, c’est un artiste reconnu, il assure aux platines et il est littéralement obsédé par GZA du Wu-Tang Clan(*). C’est aussi une des très rares personnes à vivre avec la progéria au-delà de l’adolescence.

Comme Die Antwoord, Botha vient du Cape et avec d’autres artistes – le photographe Roger Ballen, sorte de Larry Clark pour la jeunesse blanche sud-africaine, fait les photos et un pote vidéaste assure les clips à l’allure pro – ils contribuent à faire circuler le phénomène. Le bouche à oreille numérique a vraiment décollé au début du mois : en deux semaines, le nombre de vues des deux clips disponibles est passé de 10 000 à plusieurs centaines de milliers. Ces mecs ont littéralement explosé au niveau planétaire avec des bouts de ficelles numériques, ce qu’ils essaient de faire depuis 15 ans dans l’underground sud-africain. Le blog RAAK retrace minutieusement le buzz depuis avril 2009 : les blogs sud-afs, puis les forums, puis les réseaux sociaux et l’explosion quand les médias s’en emparent. S’il fallait trouver un point de départ, un épicentre, ce serait Wat Kik Yi, un blog spécialisé dans le rap-rave zef sud-africain, concept de vie polymorphe porté comme un étendard par la jeunesse blanche désœuvrée.

Tout le monde jure qu’il n’y a pas de corporations derrière Die Antwoord, que c’est le DIY du 21e siècle dans son efficacité la plus totale. Peut-être. Mais au final, ce n’est même plus important parce que même les plus grosses ficelles n’enlèveront jamais rien à une musique qui a du coeur et des tripes et une basse qui fait trembler tes côtes. Ça transparaît au-delà de tous les gadgets promotionnels, même si la frontière au-delà de laquelle tu deviens vraiment une blague virale n’est jamais loin. Dans une des premières interviews dans son costume de Ninja, Tudor Jones expliquait à Vice en 2008 que “jamais personne venant d’Afrique du Sud n’avait marché de l’autre coté de l’océan”. La preuve que non, puisque si l’univers fonctionne correctement, Beat Boy deviendra l’hymne de la prochaine Coupe du monde de football.

http://www.dieantwoord.com ; http://www.myspace.com/dieantwoord ; http://www.facebook.com/DieAntwoord ; http://twitter.com/dieantwoord

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